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Mebarek Othmani, dit Baly, est né en 1953 à Djanet, dans le Tassili, à quelque deux mille kilomètres au Sud-Est d'Alger. Étudiant en médecine, il s'achète un luth, se met à chanter sur des airs traditionnels touareg puis à écrire des textes en Tamacheq (berbère).À Djanet, où il travaille à l'hôpital de la ville, il fonde un ensemble instrumental et vocal composé de sa mère Khadidja et de ses cousines et cousins.
La formation se produit également hors d'Algérie.En 1991, Baly croise la route de Steve Shehan. Né en 1957 en Virginie (États-Unis), compositeur, poly-instrumentite et grand voyageur, ce dernier a collaboré avec Léonard Bernstein, John Mac Laughlin et Ryuichi Sakamoto.La rencontre de Baly et Steve Shehan a donné deux albums aux subtiles couleurs africaines.Assikel, le troisième n'a jamais été publié.
Saxophoniste et compositeur inventif, le Français Jean-Marc Padovani est pour sa part convaincu que l'une des principales qualités du jazz réside dans son ouverture vers d'autres formes musicales. Avec en particulier son quartet "Chants du Monde" créé en 1997, ce familier des musiques du sud s'est intéressé à nombre d'instruments, modes, structures ou climats, qui représentent selon lui "une source d'inspiration illimitée et permanente".

Baly le poète jailli des entrailles du Tassili N'Ajjer, répercute l'écho d'un art aussi lointain que la nuit des temps.

En enregistrant sa première cassette, en 1988, chez « CADIC », Othmane Mebarek -Baly pour les amis- constitua un événement sans précédent dans l'histoire de la musique algérienne. Il fut, effectivement, le premier targui sur piste… magnétique à chanter dans la langue des lointains aïeux : le « tamatchek ». Six titres dont un prélude « moual », des rythmes percutants et des sons à ravir l'imagination.Un succès fou !… Le nom de Baly est sur toutes les lèvres et dans tous les foyers, de Djanet à Alger, à Tunis, à Tripoli, en passant par la Mauritanie , le Mali, le Niger et d'autres capitales européennes. Deux autres cassettes suivront. De succès en succès, le griot « bien aimé » du Tassili N'Ajjer, le modeste poète Baly est de toutes les fêtes, de tous les lieux et de toutes les saisons.Jusqu'au jour d'aujourd'hui, il chante, encore devant un public émerveillé par la beauté puissante de cette musique et de ce « mythe » qui caressent les fibres de l'âme. Un doigté caressant, une voix envoûtante et des mélodies magiques ont transporté gracieusement les auditoires hors du quotidien banal, vers d'autres cieux de bonheur et de joie, le temps d'un rêve, le temps d'une évasion.Auteur, compositeur, il a hérité de sa mère le don de la poésie « Une poétesse, dit-il, pourvue d'une mémoire musicale prodigieuse ». A 67 ans, elle fait toujours partie de son orchestre que complètent ses trois cousines. Pour Baly, la musique est un jeu de famille car « elle est dans le sang ! »…

Né il y a 44 ans à Ouballou, sous l'ombre des palmiers de Djanet, il fait partie de ces garde-fous d'un patrimoine « injustement » oublié mais auquel il voue un profond respect.« Le chant targui est, au même titre que les autres modes d'expression artistique, une valeur authentique de notre personnalité. Un répertoire immense qui nous enseigne bien des choses sur le mode de vie de nos aïeux. C'est une partie importante de notre histoire qui est menacée de disp arition . La tradition orale ne peut garantir la pérennité de ces trésors enfouis dans la mémoire collective ».

Tahar A. (L'Authentique, 8 avril 1997)

Le luth d'Othmane Bali est orphelin. Cet instrument, véritable prolongement de l'artiste targui, ne sera plus caressé par les mains expertes de son maître. Othmane Bali, 52 ans, a été emporté par la crue d'un oued dans la nuit du vendredi 17 juin, dans le Tassili n'Ajjer. Les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la région ont été fatales au chanteur algérien. Son 4x4 a été englouti par les eaux de l'oued Tinjatat qui traverse la ville de Djanet, et son corps sans vie a été repêché le lendemain par la Protection civile. Il a été enterré dimanche 19 au cimetière d'Aghoum, à 1 km de Djanet.

Othmane Bali, chantre de la culture touarègue, qui chantait le désert de sa voix profonde et sucrée et racontait l'espace infini et le vent dans les dunes, est retourné à la source. Son blues saharien restera longtemps dans nos oreilles. Comme ce soir de mai dernier, lors de l'enregistrement de sa dernière émission de télévision. Sous la kheïma (tente) de l'hôtel Dar Diaf, à Alger, il avait fait souffler l'esprit touareg tout au long de la soirée, transportant le public au coeur de son oasis natale. Il trônait comme un prince au milieu de son groupe. À sa droite : ses musiciens, dont son fils, qui a hérité de sa majesté. À sa gauche : sa femme, altière, sa mère, incontournable, et ses deux nièces drapées dans leurs voiles traditionnels mordorés, les yeux ourlés de khôl. Pour Othmane Bali, la musique était une histoire de famille. C'est sa mère, Khadidjata, grande chanteuse de tindé, qui lui a transmis ce genre musical touareg, en même temps que la vie. Né au mois de mai 1953, au pied du plus haut palmier de Djanet, Othmane avait été bercé par ses chants et ses poèmes. Il avait découvert le luth au début des années 1970, alors qu'il était étudiant en médecine, puis s'était mis à écrire des textes en tamacheq, la langue berbère parlée par les Touaregs, et en arabe, ainsi que certains refrains en français.

Auteur, compositeur, interprète, il a contribué à faire (re)découvrir ce patrimoine musical, en Algérie et dans le monde entier, ses tournées le menant jusqu'au Japon. Tout en restant profondément attaché à la tradition, il a réussi à renouveler le genre tindé. Notamment en enregistrant dans les années 1990 trois albums avec l'Américain d'origine cherokee Steve Shehan. Il venait également de faire un duo avec le jazzman français Jean-Marc Padovani. Leur concert à Alger, en mai dernier, dans le cadre du Festival culturel européen, avait ravi tous ses fans. L'album né de cette rencontre sortira malheureusement à titre posthume. Fusion, métissage, mais aussi improvisation (qu'il affectionnait particulièrement) : Othmane Bali disait jouer du « contemporain touareg », se tenant à distance du folklore.

Médecin de son état, il possédait une prestance naturelle, et même à Paris , où il avait un pied à terre en proche banlieue, il mettait un point d'honneur à porter la superbe tenue traditionnelle de sa région. « Plus je suis loin de chez moi et plus j'ai envie de la mettre ! » disait-il en riant. Il a dû en étonner plus d'un, dans les couloirs du métro, homme bleu du désert égaré dans la cité... Comme ses frères touaregs, il avait le visage buriné par le soleil violent du Grand Sud. Malgré la réserve et la discrétion communes aux hommes du Sahara , Othmane était aimé pour son sens de l'humour, son franc-parler et sa joie de vivre communicative. Sur scène, il entrait littéralement en transe.

Assis au centre de son groupe, il livrait des mélopées lancinantes et grisantes, faisant gémir son luth tel un Jimi Hendrix targui. Inspiré, concentré, son visage tourmenté ne s'éclairait qu'à la fin des morceaux, dans l'ultime complainte de son instrument. Les Algériens, qui avaient reconnu depuis longtemps son talent, le regrettent unanimement. Il est sûr que le désert non plus n'oubliera jamais son enfant chéri. Les dunes gardent l'empreinte de ses pas et le vent chante désormais pour lui.

Le chanteur algérien est décédé le 17 juin dans le Tassili n'Ajjer.

(L'intelligent , 26 juillet 2005. Olivia Marsaud.)

 
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